Juan Rozoff

Juan Rozoff

Biographie

Juan Rozoff est un bâtisseur essentiel du funk en France depuis le début des années 90. Et si vous ne connaissez pas encore son nom, ce n’est certes pas son talent qui est en cause (sa consécration en tant que « Prince » hexagonal devrait suffire à vous en convaincre), mais peut-être parce que ce petit génie du groove est authentique et prend son temps pour nous livrer son funk qualitatif, énergique et original, loin des musiques « thermo- moulées ». Puisant dans la découverte perpétuelle et la diversité culturelle ce qui est au cœur de l’humanité, il revient sur scène et très bientôt sur disque – « Maison Rozoff » (©Underdog Records) –. Funky et donc sexy, décalé par nature, ce qui s’exprime au travers de sa musique est une énergie sexuelle dont vous ressentirez sans conteste possible l’intensité brute et la liberté débridée. Le « Fonk-Tzar » is back et ça va claquer (surtout ceux qui sont passés encore jusque là à côté)… car ceux qui ont eu le bonheur de le voir sur scène en ont encore des fourmis dans les jambes ! Et même lorsqu’il s’aventure vers la soul ou la chanson groove, c’est le coeur qui s’accélère et l’âme qui danse. Incontournable !

BIOGRAPHIE JUAN ROZOFF :

Fu*kin’ 20 years (ou presque) !

Juan Rozoff est celui qui, au début des années 90, a réussi un véritable tour de force en imposant un funk qualitatif, énergique et original dans un paysage musical français ignorant encore Sinclair ou la FFF de Marco et intimidé par les références anglophones du genre : de James Brown, Sly Johnson, Georges Clinton ou Bootsy Collins, Fred Wesley et Maceo Parker (avec lesquels Juan Rozoff a d’ailleurs collaboré). Ce petit préambule n’a pas pour objet de rendre hommage à une gloire passée mais plutôt de redonner à cet auteur-composeur-interprète multi-instrumentiste (batterie, percussions, piano, guitare,…) sa juste dimension : celle trop souvent mise à mal d’un bâtisseur essentiel du funk en France, d’un petit génie du groove consacré par la presse spécialisée « petit Prince (alias Sex-Symbol) hexagonal » dès son premier album « Jam Session » (©Barclay/Universal, 1991).

La raison pour laquelle sa notoriété auprès du grand public n’est pas encore à la mesure de son talent réside certainement dans le fait que Juan Rozoff n’est pas vraiment un « artiste carriériste » (d’ailleurs, pour lui, la notion même d’artiste n’a que peu de signification).

Il se définirait plutôt simplement, si tant est que cela soit simple, comme un homme entier qui, à ce titre, assume son hypersensibilité et refuse de compromettre sa créativité au jeu de la musique « thermo-moulée ». Et en effet, son second album, tant attendu, « Abalorladakor » (©Barclay) ne sortira qu’en 2000, soit près de 10 ans après le précédent. Ainsi, cohérent avec lui-même, il préfèrera s’éloigner entre-temps de la création musicale pour s’aventurer dans la confection de sculptures électroniques : des « lampes statues » plutôt délirantes. Touche-à-tout dispersé voire dilettante ? C’est de ce goût pour l’expérimentation et la découverte qu’il puise sa plus grande force et sa richesse musicale.

Plus qu’un état d’esprit, une « PhiRozoffie » : la recherche du Tout

Fils d’une mère espagnole et d’un père franco-russe, Juan Rozoff se conçoit lui-même comme « FFusion », avec deux « F » comme Rozoff. Son refus inné des catégorisations et des conventions de l’industrie du disque selon lesquelles les productions devraient s’échelonner à un rythme imposé fait de lui un résistant naturel dont le funk, sa musique de prédilection, en est le symbole et l’arme la plus puissante. Le naturel fusionnel du funk est renforcé par le prisme de ce grooveur né dans un univers protéiforme allant du rock à la chanson française, des influences africaines au flamenco, qu’il qualifie de « blues latin », de la soul à la musique gitane. Interrogeant les émotions communes au travers de cultures variées, il se place ainsi au-delà des codes étriqués usuellement en vigueur dans une recherche de l’universel. Ainsi, la musique est perçue par Juan Rozoff comme une machine puissante au service de l’éveil et de la liberté (et chacun que sait que « sans maîtrise la puissance n’est rien », n’est-ce pas ?… Alors il prend le temps nécessaire). Pour y parvenir, la voie choisie consiste à pouvoir vraiment toucher les gens, ce à quoi il accède en créant d’abord ce qu’il aime et, d’autre part, en faisant passer sous un aspect léger, une joie de vivre ressentie rythmiquement dans le corps et au travers de la danse, des propos plus sérieux, tels l’ouverture d’esprit, des idées un peu « Bab » (faire l’amour physique plutôt que la guerre physique), voire l’accès à notre inconscient collectif… à ce qu’il nomme le « canal bleu turquoise de la mémoire », c’est-à-dire à une sorte de fibre optique qui nous permet de nous reconnecter avec tout ce que nous avons été, qui nous permet de nous remémorer à nous-mêmes, de nous raconter en dehors de notre espace-temps, de tous mots ou de tout jugement…

Fantaisie ? Certains y verront la même approche psychédélique que l’on retrouve dans le P-Funk, d’autres une dérive imputée aux psychotropes et les derniers la douce folie d’un original… et dans tous les cas, chacun aura certainement raison. En effet, Juan Rozoff est un homme qui prétend tout aussi bien avoir vu « la Roue », celle de l’espace-temps qui tourne continuellement et dans laquelle nous sommes pris, qu’un OVNI (en forme de zeppelin) lors d’un vol Münich-Zurick… mais qui dans le même temps ne se prend jamais trop au sérieux. Aussi, en en bon résistant face à la facilité mensongère ou irréfléchie du sens commun, il s’amuse avec les paradoxes, lesquels pourraient se résumer finalement en points d’équilibre, fruits d’une longue hésitation entre le sens et le son, comme l’avait écrit Paul Valéry au sujet de la poésie. La démarche créative de Juan Rozoff est d’ailleurs celle du poète : il joue (plus encore maintenant) avec les mots, les sons, les rythmes… et le public ? Tout comme le livre qu’il considère comme une ré-création d’autres énergies en présence que la sienne, la musique prend vraiment corps en celui qui la reçoit, un peu à la manière dont agissent les phéromones des êtres humains… Aussi, la perméabilité, la capillarité des influences et la liberté de « laisser jouer le mec [qui intervient] comme il le sent » créent cet espace d’échange créatif, cette énergie constamment renouvelée et quasi-électrique qui vise le plaisir de ressentir. Hédoniste instinctif, Juan Rozoff véhicule, au travers de sa musique et sur scène où il sait si bien « tout » donner, une sincérité si brute, si authentiquement originale, que son groove en est indéfectiblement entraînant. Quiconque a eu le bonheur de le voir sur scène en garde des fourmis dans les jambes !

Welcome in « maison Rozoff »!

Hors-norme, la chronologie n’a aucun sens pour Juan Rozoff : il va et vient au gré de ses inspirations et continue à avancer inlassablement. En perpétuel mouvement, comme un cœur qui s’il s’arrête de battre, entraîne la mort, Juan Rozoff, toujours aussi fidèle à lui-même, nous revient finalement 9 ans après (avec donc une certaine régularité) avec un troisième opus intitulé « Maison Rozoff » (©Underdog Records).

Sa musique, imprégnée de cet état d’esprit déstructurant, incorpore ainsi des rythmes syncopés et des mélodies fluidifiées par la sueur autant que par les larmes. Tel est son royaume, un lieu où seul l’essentiel, le noyau dur de toutes choses, a droit de cité : l’amour avec le grand A de l’art, celui qui sait canaliser l’énergie (sexuelle) homme-femme, seule énergie par rapport à laquelle nous avons à nous positionner.

Fort de ses expériences diverses et nouvelles (dont le suicide d’un proche, de multiples désillusions, et surtout la paternité), d’une introspection liée au moins partiellement à la maturité et d’une personnalité originale oscillant entre humilité (affirmant que « toutes les notes étaient là » et qu’à ce titre il n’en est que le réceptacle) et mégalomanie d’un FFunky Showman aux attitudes excentriques, Juan Rozoff n’est ni fleur bleu, ni idéaliste, ni, vous l’aurez compris, conventionnel. Prenant ainsi toujours le contre-pied de ce que l’on attend de lui, il se permet même quelques incursions vers la soul et la chanson groove avec un brio tel que vous serez à votre tour indubitablement en-Christé par la lumière que dégage le groove de cet « original Funk-Tzar » tant au travers de ses mélodies que de ses textes. Au fil de ce nouvel album, Juan Rozoff distille un esprit funky qui se passe à nouveau des codes du genre et, à ce titre, le revigore. Encore une pierre de plus à mettre au crédit de ce bâtisseur du funk !